Historique

Sardou un jour, Sardou toujours. « Mais sur des orchestrations contemporaines, du style Calogero par exemple. J’ai récupéré les droits de ces orchestrations tout récemment, elles datent de 2012 à 2014. » Les Calaisiens ont déjà pu les découvrir puisque le chanteur se produit encore régulièrement à Calais. Même s’il a posé ses bagages à une quarantaine de kilomètres d’ici, au Portel. Histoire de hasard et histoire d’amour.

Challenge

Au Portel, il a ouvert un bar lounge, le Central Chesterfield, le 1er janvier dernier. À quelques pas du Flobart, le restaurant ouvert depuis cinq ans par son compagnon, Thierry Hennuyer.

C’est à l’époque où Thierry ouvre son restaurant que les deux hommes se rencontrent. Erick Marguerie entame ce qu’il appelle lui-même sa « deuxième vie », faite de complicité et d’équilibre. « Lorsque l’on se lance et que l’on annonce aux siens que la vie prend un tel tournant, on y va et on ne peut plus reculer. J’ai commencé à en parler à celle qui était alors ma femme, puis à mes deux enfants, puis aux parents. Par étapes. Je l’ai fait en me disant que si ce que j’étais ne plaisait pas aux autres, ce n’était pas grave, je m’en fichais. »

Lorsqu’Erick Marguerie rencontre Thierry, celui-ci est comptable pour un gros cabinet d’expertise boulonnais. Mais il caresse un rêve de gosse : ouvrir un restaurant. La vente du Flobart lui en offre l’opportunité. « Et moi, j’ai commencé à aider mon compagnon tout en continuant à travailler à l’Afpa de Calais, où j’étais formateur dans le commerce de la vente et de la grande distribution. Les choses se passaient bien : les 35 heures, le salaire, des horaires confortables. Cela me laisse un peu de temps pour commencer à faire un peu de spectacle dans le restaurant de Thierry. Sans trop y croire, pour meubler le hors saison. Et on a cartonné. »

La mise en vente du Central, en 2013, va faire germer une idée dans la tête du chanteur calaisien. « Le Central, c’est un lieu historique du Portel, l’un des rares bâtiments à avoir résisté aux bombardements de la guerre durant lesquels presque toute la ville a été rasée. Le Central était déjà un restaurant. En 2013, j’apprends que le gérant va mettre un terme à la location et que la propriétaire, atteinte par l’âge, envisage de vendre. Nous avons créé une SCI, une société civile immobilière, Thierry et moi, pour racheter tout l’immeuble. »

Convaincu qu’il y a un manque, Erick Marguerie a envie de créer le premier bar lounge du Portel. Avec une ambiance cosy digne des intérieurs anglais bourgeois, où l’on déguste aussi bien un verre à quelques euros qu’une bouteille de champagne à plus de 200 euros, en mangeant un peu de charcuterie.

On est arrivé avec humilité

« Il y a bien sûr comme un défi sur cette opération, parce que le côté bar est quelque chose que je ne connais pas du tout… hormis à travers les coups de main que j’ai donnés à Thierry au restaurant. À côté du bar lounge, il y a aussi une salle de spectacles, pour banquets, spectacles de cabaret, séminaires, ce qui est plus dans mon domaine. Mais à un moment donné, on a envie de se prouver que l’on peut faire les choses, laisser une trace en quelque sorte. J’ai 52 ans, je crois que c’était le moment ou jamais pour le faire. Avec d’énormes doutes à un moment donné mais jamais au point de tout laisser tomber. Le fait que Thierry soit comptable de formation est une excellente chose, une épaule sur laquelle on peut s’appuyer en toute confiance. »

Décidé à aller jusqu’au bout, Erick Marguerie se nourrit de ses doutes pour avancer. Jusqu’au bout. « À côté des doutes, il y a des choses qui nous poussent, qui nous portent. L’accueil par exemple. Je viens de Calais, mon compagnon est Boulonnais, on n’est pas arrivé en terrain conquis, au contraire. On a beaucoup d’humilité. Le fait que le Central ait gardé son nom – auquel j’ai juste accolé Chesterfield – est l’un des éléments qui ont facilité notre intégration, si je puis dire. Et puis, le maire du Portel Olivier Barbarin et toute son équipe nous ont vraiment soutenus et ont cru en nous. » Tout naturellement, l’ouverture du Flobart en 2010 et celle du Central Chesterfield en tout début d’année ont fait appel à des entreprises locales pour les travaux de rénovation de leurs établissements respectifs. Et à eux deux, ils ont créé une dizaine d’emplois.

« Monter ces affaires à deux était quelque chose de facile en général même si nous avons connu aussi de grands moments de tension. Mais l'important était de savoir que l’on peut compter l’un sur l’autre. Et puis, on ne travaille pas ensemble puisque nous avons chacun notre affaire, le bar lounge pour moi et le restaurant pour Thierry. » L’équilibre est au rendez-vous, aussi bien sur le plan professionnel que sur le plan sentimental. Mais le nouveau Portelois n’oublie pas d'où il vient.

« Calais reste la ville où j’ai des tas de copains, c’est 24 ans de ma vie ; Calais reste la ville de mes enfants, une ville où j’ai toujours plaisir à aller chanter, au banquet des aînés par exemple. Et Le Portel est une petite ville de 10 000 habitants où il fait bon vivre, où les habitants sont très chaleureux. C’est sympa d’y vivre et d’y travailler. »

Seul nuage dans ce cadre presque idyllique, le manque de temps, les journées qui passent trop vite. « Quand la décision a été prise de lancer mon affaire, je n’ai jamais eu envie de renoncer. Quand c’est signé, on se dit qu’il va falloir y aller. Là, on n’a plus le choix, on se voit dans le miroir et on se dit que les dés sont jetés. Mais c’est un choix. J’aurais pu rester à l’Afpa mais j’avais un challenge personnel à relever. Maintenant, il faut que l’affaire vive, et le démarrage est encourageant. On a de beaux événements en perspective… mais le plus important serait que je trouve du temps pour le passer avec les gens que j’aime. » Calaisiens et Portelois en font bien sûr partie.

 

LAURENT GEUMETZ

 

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